L’AVENTURE DES FILLES DU ROY

D’où vient l’expression « Filles du Roy » ?

C’est Marguerite Bourgeoys qui désigne ainsi les jeunes filles qui bénéficient de l’aide financière du roi Louis XIV pour venir s’établir en Nouvelle-France.

Au 17e siècle, les femmes sont rares en Nouvelle-France. Pour soutenir le développement de la colonie, Louis XIV envoie des filles à marier. Elles sont environ 800 à faire la traversée de 1663 à 1673.

Lieu d’accueil des Filles du Roy

Celles qui voyagent jusqu’à Ville-Marie sont accueillies dans la maison de ferme de la Pointe dès 1668. Les religieuses veillent sur ces précieuses filles à marier venues peupler la colonie.

Pendant quelque temps, la ferme de 30 arpents achetée par Marguerite Bourgeoys devient leur foyer. Elles sont confiées aux soins de Catherine Crolo, une femme robuste qui supervise l’exploitation de la ferme. Avec elle, les jeunes filles apprennent à s’adapter à leur nouveau pays jusqu’à ce qu’elles choisissent un mari.

Héritage démographique

L’impact démographique des Filles du Roy est indéniable. On compte environ 800 jeunes filles qui font la traversée. Elles ont en moyenne 5 à 6 enfants chacune. Pas surprenant qu’elles se retrouvent dans l’arbre généalogique de nombreuses familles québécoises d’origine française.

Filles du Roy archive CND


MISSION DE MARGUERITE BOURGEOYS

Marguerite Bourgeoys (1620-1700) arrive à Ville-Marie en 1653.
Elle a une vision claire de sa mission dans la petite colonie : instruire et éduquer gratuitement les enfants et les premiers arrivants.

Pour y arriver, elle fonde la Congrégation de Notre-Dame. Au 17e siècle, les communautés religieuses féminines sont très majoritairement cloîtrées. Cependant, la vision de Marguerite Bourgeoys de l’enseignement et de l’éducation nécessite une présence au sein de la collectivité.

C’est avec beaucoup de fermeté et de persévérance qu’elle a défendu le droit des sœurs de sa congrégation à une vie séculière. La première école de Montréal ouvre ses portes en 1658.

L’ouvroir de la Providence Marguerite Bourgeoys établit l’ouvroir de la Providence à Pointe-Saint-Charles. Sous la supervision de Catherine Crolo, les jeunes filles y apprennent à lire et à compter, mais aussi à coudre, à transformer les produits de la terre, à préparer les repas, à s’occuper du potager et des animaux.
Ainsi naît la toute première école d’enseignement ménager en Amérique. L’ouvroir disparaît en 1693 lors de l’incendie de la maison de ferme.

Cultiver pour instruire
Marguerite Bourgeoys reconnaît rapidement dans l’exploitation agricole la voie vers l’autosuffisance pour ses compagnes venues l’appuyer dans sa tâche. C’est ainsi que les rangs de sa communauté d’enseignantes s’enrichissent de sœurs fermières, les métayères.

En 1662, elle obtient de Paul de Chomedey de Maisonneuve, gouverneur de Montréal, une concession de terre à la Pointe-Saint-Charles. Elle l’agrandit en 1668 en achetant de son voisin, François Le Ber, la terre et la maison en pierre des champs.

Grâce à l’exploitation de la ferme de la Pointe, les sœurs vouées à l’enseignement reçoivent le nécessaire à leur subsistance.

Signature de l’acte de vente

Statut légal
En 1671, le roi Louis XIV accorde à Marguerite Bourgeoys des Lettres patentes et il autorise officiellement « l’établissement de la Congrégation de Notre-Dame dans ladite île de Montréal en Nouvelle-France ».


PATRIMOINE ARCHITECTURAL

La Maison Saint-Gabriel, musée et site historique, a ouvert ses portes en 1966. Située à Pointe-Saint-Charles, cette magnifique bâtisse est l’un des plus beaux exemples de l’architecture traditionnelle de la Nouvelle-France.

La grange et la maison de pierres sont déclarées monuments historiques en 1965. Le site est officiellement reconnu comme étant historique par le ministère de la Culture et des Communications en 1992. Enfin, la Maison Saint-Gabriel est reconnue comme Lieu historique national du Canada en 2007.

Ces marques de reconnaissance témoignent de l’importance de ce domaine comme lieu unique de sensibilisation à l’histoire et au patrimoine québécois depuis le Régime français.

Maison de ferme

Propriété de la Congrégation de Notre-Dame depuis 1668, ce domaine a été au cœur de ses activités jusqu’en 1955.

Son riche passé et la fierté de le conserver ont généré une collection de plus de 20 000 objets. L’établissement adopte une vocation muséale en 1966 avec une mission d’éducation par l’histoire.

Puits

Le puits du site historique se trouve au même emplacement depuis les années 1660. Il constitue une importante source d’eau potable pendant plus de deux siècles. Même si l’eau courante est disponible à la ferme à la ferme à partir de 1868, le puits est utilisé jusque dans les années 1940.

Les sœurs fermières utilisent l’eau du puits entre autres pour la confection des hosties de la paroisse. Avec l’ouverture d’usines à proximité de la ferme, la nappe phréatique est contaminée et le puits, condamné.

Croix de chemin

Vivre près du fleuve a ses inconvénients. Les inondations sont une menace fréquente. Les débâcles printanières, comme celles de 1681, 1746, 1861, 1865 et 1886, sont marquantes.

En 1818, les sœurs érigent une croix en implorant la protection divine contre les pluies diluviennes qui gonflent les eaux du Saint-Laurent. Cet ex-voto est d’abord installé sur la voie menant à la rue Wellington. La croix occupe différents emplacements avant de trouver sa place actuelle devant la maison.

Entre 1886 et 1888, la ville de Montréal exproprie une bande de terre au sud de la ferme. Une digue y est installée afin de protéger une partie du Sud-Ouest des inondations.

Grange en pierre

Ce magnifique bâtiment du 19e siècle est un rare exemple de grange construite en pierre. Classé monument historique en 1965, il a été restauré en 1992 pour accueillir une salle d’exposition et une aire d’animation.

À l’origine, la grange comprend une écurie et un fenil. Ce dernier sert à l’entreposage du grain et du foin. C’est aussi là qu’on bat le grain. Selon l’époque, la métairie comprend également une porcherie, une étable, un poulailler, un clapier, un caveau à légumes et une conserverie.

Pavillon Catherine-Crolo

En 1964, on construit la résidence Jeanne-Le Ber pour y loger des
religieuses de la Congrégation de Notre-Dame. À partir de 1966, elles veillent à la vie muséale de l’établissement.

Étant donné la popularité croissante du musée, un changement de vocation s’impose pour la résidence des sœurs. Après avoir fait l’objet d’une rénovation majeure, celle-ci devient le lieu d’accueil des visiteurs du musée.

Le bâtiment renommé pavillon Catherine-Crolo est inauguré en 2010. On y trouve une billetterie, un restaurant, une boutique, des salles de réunion et une salle de conférence s’ouvrant sur une terrasse.

Four à pain

Souvent appelés « fours de l’été », les fours à pain extérieurs sont généralement construits en glaise et surmontés d’un petit toit pour les protéger des intempéries. On observe cette méthode de fabrication dès le 17e siècle.

Le four à pain que l’on trouve sur le site de la Maison Saint-Gabriel a été construit selon les règles de l’art par l’artisan Jean Laberge.

Sur une solide plateforme en pierre ou en madriers, un âtre en ciment est coulé et lissé (la sole), et la porte est aussitôt installée. Le four est ensuite moulé avec de la glaise, bien pétrie avec de la paille, sur un gabarit fait d’aulnes. Un petit toit est monté sur le four, qui va sécher pendant une semaine. Un premier feu brûle les aulnes et durcit la voûte.

La cuisson du pain

Une fois le four bien chauffé avec un feu de bois, les cendres sont retirées. Il doit refroidir un peu pour atteindre la température adéquate, puis une fournée de plusieurs pains est mise à cuire. La cuisson dure environ 30 minutes. Les pains sont cuits dans des moules ou bien directement sur la sole, selon le genre de pain que l’on prépare.

Qui est Catherine Crolo ?

Catherine Crolo (1619-1699) naît à Lauzon en Lorraine. Ses parents s’établissent à Troyes en Champagne où elle rencontre et se lie d’amitié avec Marguerite Bourgeoys. En 1658, elle entreprend la grande traversée pour rejoindre son amie à Ville-Marie.

Illustration Francis Back / Collection Musée Marguerite-Bourgeoys/ © Raphaëlle & Félix Back

En 1668, Marguerite Bourgeoys lui confie la ferme de la Pointe que l’on nomme alors La Providence. C’est elle qui dirige le défrichement, la mise en culture, le fermage et la gestion des récoltes.

C’est également elle qui accueille les Filles du Roy de Ville-Marie et les préparent à leur nouvelle vie.
Véritable pionnière, elle est la première métayère de 86 femmes qui se succèdent à la tête de la ferme jusqu’en 1955.


PATRIMOINE IMMATÉRIEL

Le patrimoine immatériel est constitué d’éléments qui peuvent se transmettre d’une personne à une autre. Il peut s’agir de savoir-faire, de connaissances, de pratiques, d’expressions, etc.

CAPSULES VIDÉOS

Le patrimoine immatériel est vivant puisqu’il est transmis de génération en génération par des « porteurs de tradition ». À la Maison Saint-Gabriel, nous surnommons ces hommes et ces femmes, les « passeurs de mémoires ».

CAPSULES HISTORIQUES

Une série de capsules historiques sont disponibles et libres de droits pour utilisation scolaire. On y présente des thèmes liés aux métiers, aux traditions, aux saisons et à la vie quotidienne en Nouvelle-France.


APICULTURE
URBAINE

Le musée se préoccupe du déclin des pollinisateurs. Découvrez notre campagne de sensibilisation ADOPTE UNE ABEILLE >>.

CAPSULES APIS

Fidèle à notre mission d’éducation, nous vous proposons quelques capsules informatives pour en apprendre plus sur les abeilles et l’apiculture urbaine.

Ce sont les premiers colons européens qui introduisent l’abeille domestique (Apis mellifère) en Amérique du Nord. La pollinisation se fait alors avec d’autres types d’abeilles ou d’insectes. Les abeilles domestiques s’adaptent rapidement et deviennent partie intégrante de notre système agricole.

Sous le Régime français, le miel est surtout utilisé pour ses vertus thérapeutiques. En cuisine, les colons préfèrent le sucre importé des Antilles ou le sirop d’érable.

Les abeilles sont des insectes sociaux qui vivent en communauté qu’on appelle la colonie. Dans une ruche, on trouve entre 40 000 et 60 000 abeilles ouvrières et environ 1 000 faux bourdons (les mâles). Ils vivent autour d’un personnage central : la reine, la mère de tous. 

Les ouvrières 
L’ouvrière d’été occupe plusieurs fonctions pendant sa courte existence (30 à 45 jours) pour la bonne conduite de la colonie. Elle passe la première moitié de sa vie à des tâches à l’intérieur de la ruche. Sa première mission est de nettoyer la ruche, ensuite de fabriquer la gelée royale pour nourrir la reine et les larves, puis de produire de la cire pour construire les alvéoles. Pour contrôler la température, les ventileuses battent frénétiquement des ailes et, pour assurer la sécurité, les sentinelles contrôlent l’identité des abeilles qui pénètrent dans la ruche. De son 21e jour d’existence jusqu’à sa mort, l’abeille peut enfin aller butiner les fleurs.

La reine 
Pour obtenir une reine, une larve doit être nourrie exclusivement de gelée royale pendant son développement. C’est ce régime, et lui seul, qui permet d’obtenir une reine, la seule femelle fertile de la colonie. Lorsqu’une jeune reine doit être fécondée, elle s’élance dans un vol nuptial, une nuée de faux bourdons à sa suite. Elle va s’accoupler avec les plus vigoureux en plein vol (environ une dizaine) jusqu’à ce que sa spermathèque soit suffisamment remplie pour engendrer plusieurs colonies. Une fois installée, la reine pond en permanence (jusqu’à 2 000 œufs par jour), et ce, pour le reste de sa vie (1 à 4 ans).

Les faux bourdons 
Les faux bourdons sont les seuls mâles de la colonie. Ils se nomment ainsi car leur corps est plus massif que celui des ouvrières et ils n’ont pas d’aiguillon. Les faux bourdons sont peu nombreux dans la ruche et servent principalement à féconder la reine. Ils ne peuvent pas butiner ; ils doivent donc se faire nourrir par les ouvrières. Malheureusement pour eux, ils meurent immédiatement après la fécondation et les autres sont expulsés de la ruche au retour du froid.

La disparition des abeilles pourrait déséquilibrer tout l’écosystème de la planète. L’homme aurait plus de difficultés à se nourrir. Il n’y aurait presque plus de pollinisation ce qui entraînerait la disparition de nombreux végétaux.

On est tenté de croire que tant que la diminution des colonies d’abeilles n’aura pas d’impact sur le prix de notre alimentation, peu sera fait pour les protéger.

L’importance de la pollinisation
Le déclin de ces insectes pollinisateurs constitue une grave menace pour la production alimentaire mondiale et met en danger les moyens de subsistance de millions de personnes. Plus des trois quarts des principales cultures dépendent d’une manière ou d’une autre de la pollinisation. Les cultures dépendant de la pollinisation représentent 35% volume de la production mondiale destinée à l’alimentation.

Pourquoi la ville est-elle propice à l’apiculture?
Contrairement aux régions rurales contaminées par une nouvelle gamme de pesticides qui affectent directement le système nerveux de l’abeille, la ville a des règlementations anti-pesticides qui favorisent un environnement plus sain pour l’abeille. La ville possède aussi des espaces floraux intéressants qui, tout au long de la saison, offrent de la nourriture variée aux abeilles.

Les plantes mellifères offrent une excellente source de nectar et de pollen et favorisent la santé des abeilles. Les espèces mellifères sont nombreuses et faciles à intégrer à son jardin. En les privilégiant, on fait un bon geste pour la biodiversité.

Voici quelques exemples de plantes mellifères de nos jardins.